Histoire du maitrank

L’histoire de l’apéritif

Le mot MAITRANK est compris de tout le monde à ARLON et dans ses environs. Qu’on soit vieil Arlonais de souche ou nouvel immigré, on sait ce que ce mot signifie pour peu que l’on s’intéresse à la vie arlonaise.

De plus en plus aujourd’hui, on aime et on préserve jalousement ce qui est considéré comme une spécialité de sa région. On prend grand soin des traditions culinaires ou autres et on y veille avec fierté et passion. En pays d’ARLON, le MAITRANK en est une. Il fait désormais partie du patrimoine arlonais …bien qu’il soit né ailleurs !

En francique-mosellan, langue germanique parlée au Grand-Duché de Luxembourg et dans le pays d’ARLON, MAITRANK signifie littéralement « boisson de mai ». Sa fabrication remonte bien loin dans le temps et il est difficile d’en préciser exactement les origines. Des documents des moines bénédictins de l’Abbaye de Prüm en Allemagne en font déjà mention au IXème siècle. En effet, en feuilletant le « Livre des plantes médicinales et vénéneuses de France » de P. Fournier que l’on peut consulter à l’abbaye d’Orval, on découvre que le Maitrank est mentionné pour la première fois par le moine Wandalbert de Prüm en 854.

Les habitants des régions viticoles allemandes avaient pris l’habitude de tempérer l’acidité des vins inférieurs par l’adjonction, par macération, de fruits ou de plantes de saison. Les moines n’ignoraient pas que l’aspérule odorante (asperula odorata), qu’on appelle encore Reine des bois ou Faux muguet, possédait des vertus médicinales (cholérétique-cholagogue-tonique et antispasmodique). Ils la faisaient donc macérer dans le vin et buvaient la macération (en quantité homéopathique) au printemps pour chasser les toxines de l’hiver. Ils la faisaient goûter aux habitants de la région et en offraient aux voyageurs qui leur demandaient asile. La population régionale ne tarda pas à les imiter.

Avec le temps et surtout l’amélioration de la vinification, l’habitude de faire macérer plantes ou fruits dans le vin se perdit progressivement et le MAITRANK vit sa vogue en forte régression en Allemagne et au Grand-Duché de Luxembourg sans toutefois jamais totalement disparaître. Certaines familles de ces régions avaient conservé la coutume et en fabriquaient tous les ans, mais la recette ne dépassait pas le cadre familial confidentiel.

C’est d’une paire d’amis des années 50 qu’est venue la relance du MAITRANK. André AREND et Georges BESTGEN. Le premier était un médecin fort apprécié dans la région pour sa générosité et le second était un marchand de vins tenant commerce dans les caves du Palais de Justice sur la place Léopold. Tous deux aimaient bien la vie et les bonnes choses qu’elle peut nous procurer. André AREND retrouva par ses lectures la recette des moines de l’Abbaye de Prüm et eut l’excellente idée de la sucrer légèrement pour adoucir quelque peu le goût amer de la boisson d’origine. Il ajouta à la macération de l’orange  et un peu de cognac pour ralentir une deuxième fermentation. Il fit déguster sa macération à Georges BESTGEN qui l’apprécia à son tour et commença à en fabriquer. Nos deux compères firent déguster cette boisson à leurs amis. Ces derniers la trouvèrent vraiment à leur goût et il est des anciens qui racontent que certaines soirées qui se terminaient dans les caves de Georges BESTGEN laissèrent des souvenirs impérissables. Le MAITRANK reprenait vie à ARLON.

La recette trouva dans la presse des échos plus que favorables, encourageant les habitants à fabriquer leur MAITRANK. Les premiers établissements à en proposer à leur clientèle furent le Café de la Spetz de Lucien ENSCH et le Café de la Paix de Mme ROBERT. Georges BESTGEN se risqua à le mettre en bouteille pour le vendre et devenir ainsi le premier « fabricant » de MAITRANK commercialisé. Il sera vite imité !